C’est le constat terrible d’Amy Pope directrice générale de l’Organisation internationale pour les migrations, liée à l’ONU.
Entre le 1er janvier et le 22 avril 2026, au moins 782 personnes ont été recensées comme décédées ou disparues sur la route de la Méditerranée centrale, soit plus de 150 % par rapport à la même période l’année dernière (source SOS Méditerranée).

COMMENT EN EST-ON ARRIVE LA ?
La responsabilité des réseaux de passeurs criminels qui monnayent très cher des traversées de plus en plus périlleuses est évidente. Mais en l’absence de voies légales sûres les migrants qui fuient la misère, les persécutions, les guerres et les changements climatiques n’ont d’autres choix que de continuer à se tourner vers eux. Surtout quand ils veulent en plus échapper aux conditions dramatiques qu’ils doivent affronter à leur arrivée en Libye et en Tunisie.
Cette responsabilité criminelle des passeurs ne doit pas masquer la responsabilité des Etats et de l’Union Européenne avec l’évolution de leurs politiques ces dernières années.
DE « MARE NOSTRUM » A « TRITON »
En 2013, le naufrage au large de Lampedusa causant la mort de 368 réfugiés érythréens et somaliens avait provoqué une prise de conscience à l’origine de l’opération « Mare nostrum », une mission de sauvetage de l’Italie qui a permis de secourir plus de 100.000 personnes.

Mais, devant l’absence de coopération avec d’autres Etats et le manque de soutien financier de l’UE, l’Italie décidera de fermer ses ports. Un an après, « Mare nostrum » sera remplacé par le dispositif « Triton » de Frontex (Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes) qui se contentera de patrouiller en mer sans procéder à des opérations de recherche et sauvetage.
Si le droit de la mer impose de sauver les migrants en péril, il ne dit pas quel Etat doit les accueillir… Plusieurs épisodes en seront l’illustration. En 2018, l’ Aquarius sera bloqué de longs jours avec 630 rescapés à bord avant de pouvoir débarquer finalement à Valence en Espagne. En 2022 l’ Océan Viking bloqué en mer avec 230 migrants finira par débarquer à Toulon.
SOUS-TRAITER LA GESTION DES MIGRANTS A LA LIBYE ET LA TUNISIE

En 2022, l’arrivée au pouvoir en Italie de Giorgia Meloni marque une nouvelle étape aggravant la situation des migrants. Soutenue par l’Union européenne, l’Italie finance, équipe et entraîne les garde-côtes libyens et tunisiens, afin qu’ils interceptent les migrants en mer avant qu’ils n’atteignent les zones dont sont responsables les garde-côtes italiens ou avant l’intervention des ONG. L’objectif est clair : réduire au maximum les arrivées irrégulières en Italie…
Péril en mer mais aussi péril en Libye. Un rapport publié en février 2026 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et la Mission d’appui des Nations unies en Libye dénonce « les meurtres, tortures, violences sexuelles, traites d’êtres humains, extorsions, travaux forcés, prostitutions forcées ou servitudes domestiques » dont sont régulièrement victimes les migrants à leur arrivée ou après avoir été interceptés en mer et ramenés de force en Libye. Ce document n’hésite pas à parler d’«un système d’exploitation profondément enraciné, où des réseaux criminels (parfois liés aux autorités libyennes et à des circuits internationaux) enlèvent, détiennent et exploitent ces migrants».
L’ONU demande la fermeture des centres de détention en Libye et des mesures pour veiller à ce que personne ne soit renvoyé dans le pays après avoir été secouru en Méditerranée, conformément au principe du « non-refoulement »

ENTRAVER L’ACTION DES NAVIRES DES ONG
Depuis le décret loi Piantedosi voté en Italie en 2023, les ONG ont l’obligation de se rendre dans des ports assignés sous peine de détention du navire et de lourdes amendes. Et ces ports (Gênes, La Spezia) sont de plus en plus éloignés de la zone de secours autour de Lampedusa. Ce qui réduit les moyens de sauvetage « en zone » et augmente les frais de carburant des navires des ONG. SOS Méditerranée évalue à 25000€ le coût d’une journée en mer de son bateau l’Océan Viking.
Enfin, un nouveau pas dans l’intimidation des ONG par les garde-côtes libyens a été franchi fin août 2025 avec un mitraillage du bateau de SOS Méditerranée, l’Océan Viking, peu après un sauvetage.

FAIRE CESSER « LA MECANIQUE DU SILENCE »
Plus de 40.000 morts en Méditerranée depuis 2014, déjà 782 morts recensées à fin avril 2026 !
Ces chiffres ne sont pas une fatalité mais le résultat d’une politique. Comme l’écrit le reporter du journal Le Monde « le dispositif européen dans la zone est désormais davantage destiné à contenir le déplacement des personnes qu’à sauver des vies ». Avec les conséquences que l’on sait !
Pour lire le rapport sur la Libye https://news.un.org/fr/story/2026/02/1158426
Journal « Le Monde » Mai 2026 « Migrants en Méditerranée, la mécanique du silence » 4 articles Allan KAVAL
SOS Méditerranée https://sosmediterranee.fr/mission-sauvetage-en-mer/