Voici comment des migrants sans papiers sont traités prés de chez nous

Informations tirées de « Par-delà les murs », lettre d’information du Cercle des Voisins de Cornebarrieu.
En avril, le Cercle des voisins a suivi 21 audiences du juge des libertés et de la détention (JLD) concernant 119 personnes. Les chiffres suivants ne concernent « que » les 21 audiences sur les 30 tenues en avril. Comme les mois précédents, la majorité des personnes enfermées sont nord-africaines dont 58 sont algériens (49%), 11 tunisiens (9%) et 20 marocains (17%).

Les chiffres suivants ne concernent « que » les 18 audiences sur les 31 tenues en janvier. Comme les mois précédents, la majorité des personnes enfermées sont nord-africaines dont 39 algériens (50%), 14 tunisiens (18%), 11 marocains (14%) »
Répartition Libérations/prolongations Avril 2026 auprès des Juges de la Liberté et de la Détention
- Au JLD1 (après 96 heures au CRA), 47 prolongations, 28 libérations (37 %)
- Au JLD2 (après 30 jours au CRA), 21 prolongations et 5 libérations (19%)
- Au JLD 3 (après 60 jours au CRA), 8 prolongations et 6 libérations (43%)

Depuis le début de l’année, dans les audiences observées par le Cercle de voisins, les juges ont estimé que les préfectures avaient, à tort, privé de liberté 82 personnes présentées en JLD1. C’est 34% des personnes présentées en JLD1.

LES CENTRES DE RETENTION NE SONT PAS DES LIEUX DE VILLEGIATURES
» Est-ce une expérience diligentée par la préfecture pour jauger la capacité de Monsieur E, diabétique et souffrant d’autres lourdes pathologies à survivre avec quelques verres d’eau sucrée ? Est-ce un deuxième essai de mise sous surveillance étroite et constante afin de déceler tout indice de simulation ? Ou est-ce carrément un acte de torture ?
Ce vendredi 17 avril, la salle d’audience numéro 3 du palais de justice de Toulouse a été la scène d’une situation extrêmement éprouvante pour Monsieur E. Du début jusqu’à la fin de son audience, l’évidence de l’état de vulnérabilité médicale de Monsieur E est patente. Son déplacement difficile en béquilles vers la barre devant le juge suite à une opération des genoux, son tremblement jusqu’au malaise lors de son retour en salle. C’est son avocate qui finalement s’est précipitée pour lui porter assistance et a demandé de l’aide et la greffière qui a appelé le service de sécurité pour emmener ce monsieur dans l’arrière-salle. Comment l’administration française peut-elle à ce point douter de l’état de santé de ce monsieur père de 2 enfants mineurs, aidant d’un père lourdement handicapé, cumulant plusieurs pathologies graves (cardiaque, diabète) qui sont toutes attestées par le médecin traitant.
Les centres de rétention administratifs ne sont pas des lieux de villégiature. Les « chambres » ne sont en aucun cas conçues pour des personnes handicapées (toilettes à la turc, par exemple). Le médecin n’est pas toujours présent au CRA et le service médical ne peut pas intervenir en cas d’urgence. Monsieur E a besoin d’un appareil pour dormir la nuit, il a besoin de prise d’insuline à intervalle régulier et on lui donne un verre d’eau sucré en cas de crise. Les préfet.es qui demandent un internement administratif savent pertinemment que ce lieu n’est pas adapté pour les personnes malades et handicapées. Ils ignorent les attestations médicales extérieures. Le médecin du CRA est un médecin de l’administration. Il ne délivre qu’extrêmement rarement un certificat de non-compatibilité avec la rétention. «

NON LA FIN NE JUSTIFIE PAS LES MOYENS !

» Encore une personne malade méprisée et enfermée au centre de rétention administrative de Cornebarrieu » .
Monsieur B est placé en rétention administrative le 8 avril. Après un premier passage devant le juge des libertés, il est pris de très violentes douleurs. Il va être confié aux urgences du CHU de Rangueil qui vont lui administrer un lourd traitement à base d’antalgiques. Il souffre de coliques néphrétiques. Le lendemain, le médecin signe un « certificat d’aptitude au placement en rétention » et il est remis au centre de rétention administrative de Cornebarrieu. Et son calvaire reprend.
Le 21 avril, la Cimade fait un recours pour une demande de remise en liberté. Il va être présenté au Juge des Libertés et de la Détention à l’audience du 22 avril. Il est plié en deux et se tient le côté ; son avocate n’a été saisie que tardivement et demande un délai au juge pour consulter des pièces. Elle pourra le faire, mais dans la salle d’audience, le temps que soient traités deux dossiers, une vingtaine de minutes. Elle va faire ce qu’elle peut : « Ce n’est pas rien, il souffre et sa pathologie ne relève pas du comprimé de Doliprane ; voir du sang dans les urines, ça n’a pas l’air d’inquiéter le médecin du centre de rétention administrative de Cornebarrieu; il faut lever sa rétention au plus vite et qu’il soit pris en charge et suivi par un médecin de ville.» Le représentant de la Préfecture rétorque que « le médecin du centre de rétention administrative de Cornebarrieu est indépendant et n’a aucun lien avec l’Administration ». Qui peut croire ça ? Résultat : Le Juge rejette la demande de mise en liberté ! «

COMMENT L’ETAT SYSTEMATISE LA SECURITE PRIVEE DANS LES CRA
» Depuis mars, l’accueil des visiteurs du centre de rétention administrative (CRA) de Toulouse Cornebarrieu est assuré par des agents de sécurité privée dans le cadre d’un dispositif national d’externalisation. Une évolution consternante pour de nombreux acteurs tant sur le cadre légal que sur la carcéralisation des centres de rétention administrative.
… Au CRA de Cornebarrieu, une conséquence directe de ce changement est la restriction des plages de visite pour les proches des personnes enfermées. Le matin, les visites ne sont permises que de 9h à 10h30 (auparavant de 8h30 à 11h30). L’après-midi, de 14h à 17h30 (auparavant de 14h à 18h30). Cette réduction des horaires est scandaleuse et fera l’objet d’un signalement au Défenseur des droits et à la Contrôleure générale des lieux de privation de libertés. D’autres appels d’offres du ministère de l’Intérieur ont également été publiés récemment, pour les escortes et transferts des personnes arrêtées et placées au CRA et pour la construction d’une annexe judiciaire. «