
Nous avons appris avec beaucoup d’émotion la disparition de Jean-Benoît MEYBECK mardi 21 avril dernier. Nous savions qu’il menait depuis de longs mois un combat contre une tumeur au cerveau mais la nouvelle de son décès nous a rempli de tristesse.
Nos pensées vont immédiatement à son épouse Mariam et ses 2 enfants Rose et Pierre.
Jean-Benoît est né le 29 janvier 1973 à Grenoble. D’abord graphiste, il était devenu un illustrateur et auteur de bandes dessinées. En 2012, il est exposé parmi les auteurs sélectionnés au concours Jeunes Talents du festival d’ Angoulême. Ses premiers projets publiés traitent de questions de société : les migrants et centres de rétention administrative (CRA), l’endoctrinement jihadiste ou encore l’agriculture biodynamique.
Conformément à l’engagement social de ses ouvrages, Jean-Benoît Meybeck s’investit également dans la défense des auteurs, d’abord avec le Collectif Autrices Auteurs en Action à partir de 2020, puis au comité de pilotage du groupement Bande Dessinée du Syndicat National des Auteurs et Compositeurs (SNAC). Dans un hommage, ses collègues du SNAC soulignent que « Jean-Benoît avait à cœur de partager à travers ses histoires, son sens critique aigu, en ramenant toujours aux faits et à la science. Toujours porteur d’un élan militant sincère et éthique, à l’image de l’homme d’action et de lutte qu’il était »

Jean-Benoît laisse une œuvre engagée, marquée par « ses valeurs humanistes et sa grande ouverture d’esprit envers le monde et autrui ». Ses premières œuvres s’inscrivent dans une veine documentaire et sociétale. Avec CRA : Centre de rétention administrative (2014), il aborde la question des migrants et des centres de rétention. Suivront des albums traitant de sujets sensibles comme l’endoctrinement jihadiste (Citra et Chamira : Quand j’étais jihadiste, 2021).
Car Jean-Benoît était aussi un militant pour le droit des migrants. Il participe très activement à la création en 2008 du collectif Tournefeuille Sans Papiers et sera à l’origine de son site internet. C’est en lien étroit avec les activités de ce collectif que naîtra la BD. CRA en 2014 puis en 2016 « Koko au pays des Toutous » destiné aux plus jeunes. « À quoi bon inventer des fictions, alors que le réel est si fort, si intéressant ? » expliquait-il dans une interview à l’occasion de la sortie de l’album C.R.A.

Dans une interview au Festival d’Angoulême, Jean-Benoît explique que le projet de la BD. CRA « a été conçu lors d’une manifestation avec le collectif Tournefeuille Sans Papiers. Nous participions à l’occurrence toulousaine de la campagne Open Access/Ouvrez les portes mise en œuvre par un collectif d’associations au niveau européen et africain. Le but de cette campagne est d’informer les citoyens sur l’existence des centres de rétention pour migrants, et des conditions de rétention des migrants qui rappelons-le, ne sont ni des délinquants ni des criminels.

Les associations ont écrit au fur et à mesure les comptes rendus de leurs expériences durant la campagne. Cette dernière a été aussi l’occasion de récupérer des témoignages de migrants, soit au parloir, soit par le truchement de la Cimade (une association d’aide aux migrants qui a un bureau dans le centre de rétention), soit par le biais de personnes connues des associations pour être passées par le centre. À la fin de la campagne au CRA de Cornebarrieu/Toulouse, nous nous sommes demandé comment faire connaître aux citoyens français et européens ce que nous avons découvert là. C’est à ce moment que j’ai proposé de réaliser une bande dessinée, puisque j’en faisais déjà en amateur et que je tentais de me professionnaliser dans ce domaine. Après, je me suis senti tenu par ma parole, et j’ai donc mené le projet à bien ».
Le CRA de Cornebarrieu existe toujours, les conditions de rétention se dégradent et les droits des migrants sont souvent bafoués comme en témoignent la CIMADE et le Cercle des Voisins de Cornebarrieu.
Alors, le combat que Jean-Benoît a initié avec nous au collectif Tournefeuille Sans Papiers reste toujours d’actualité. Nous continuerons à le mener hélas sans lui mais avec son souvenir gravé au cœur.
